Santé au travail : chassez l’erreur !

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VRAI ou FAUX Les idées reçues ont la vie dure, notamment dans le domaine de la santé en milieu professionnel. Petit exercice pour distinguer le vrai du faux sur des croyances erronées concernant les risques et les moyens de prévention.

Nos comportements et nos actions sont souvent en relation avec des croyances qui, bien que parfaitement erronées, ont valeur de vérité parce que largement répandues.

En acceptant de revoir nos croyances et nos comportements, des problèmes de santé peuvent être évités. Que ce soit par le port d’un masque ou le nettoyage préalable de surfaces de travail, par une hydratation suffisante ou en évitant la consommation de produits altérant la vigilance, ces gestes, anodins en apparence, ont un impact significatif sur l’état de santé des travailleurs soumis à des conditions comportant parfois des risques sanitaires.

INFECTIONS…

Déjections d’oiseaux : elles menacent parfois la santé des travailleurs du bâtiment.
VRAI Ceux qui interviennent dans les endroits confinés truffés de fientes d’oiseaux peuvent contracter une ornithose-psittacose. Fièvre, frissons, maux de tête en sont les symptômes habituels. Le respect scrupuleux des moyens de protection lors d’activités à risque s’impose : nettoyage du chantier par voie humide ou par aspiration (mais éviter l’emploi du jet d’eau sous pression et préférer l’arrosage), port des EPI (combinaison, bottes et masques respiratoire filtrants de type P2).
Paludisme : quand on a longtemps vécu en Afrique, on est immunisé contre cette maladie
FAUX La majorité des personnes vivant en Afrique a été en contact avec le parasite plasmodium, responsable de la malaria, ces personnes sont donc immunisées. Mais cette protection ne dure que 6 mois. Il leur faut donc impérativement prendre un traitement prophylactique comme les touristes qui visitent l’Afrique lors de leur retour au pays après une longue absence. L’accès palustre évoque souvent les symptômes d’une grippe et, sans traitement, le paludisme peut être fatal.

Légionellose : une fièvre inexpliquée peut mettre sur la piste.
VRAI Un syndrome grippal est souvent le premier signe de cette maladie. Signe qui oriente le diagnostic : la fièvre, au lieu d’entraîner des palpitations, induit au contraire un ralentissement du cœur. Transmis par une bactérie qui se développe dans les eaux stagnantes, la légionellose peut être contractée dans les milieux de l’entretien de matériel réfrigération et de climatisation: chez les plombiers, chauffagistes, jardiniers ou encore employés des piscines ou établissements thermaux.
Conseil : au travail, porter un masque pour tous les travaux sur des canalisations susceptibles d’héberger la bactérie.

URGENCES…

Brûlures : le premier soin, c’est l’eau.
VRAI Rafraîchir la zone brûlée à grande eau (tiède ou à peine rafraîchie) est le premier geste d’urgence. L’eau freine la destruction des tissus par la chaleur, modère la formation d’œdème et apaise la douleur. Cela vaut également si la victime est ébouillantée et que le contact de son vêtement brûlant contribue à approfondir la lésion. Le vêtement est enlevé SEULEMENT si on ne risque pas d’arracher des fragments sains du revêtement cutané et asperger la victime d’eau rafraîchie reste la seule solution. Pour les brûlures chimiques, l’eau a en outre l’avantage de laver la zone et de limiter ainsi la pénétration de la substance toxique.

Accident oculaire : il faut immédiatement désinfecter avec un collyre antiseptique.
FAUX Les accidents de l’œil sont nombreux, de la simple projection de produits plus ou moins corrosifs à l’aspersion de substances hautement toxiques. Dans tous les cas, le seul traitement à faire soi-même, c’est le lavage à grande eau, suivi d’un pansement non compressif des deux yeux, pour éviter les mouvements oculaires qui pourraient aggraver les lésions. Aucun médicament ne doit être appliqué avant de consulter un ophtalmologiste.

Amputation : les parties sectionnées doivent être transportées en urgence dans une poche à glace.
FAUX Après un accident, il convient de récupérer les morceaux arrachés ou coupés, de les laver à grande eau s’ils sont pleins de salissures, de les envelopper dans un linge propre et de les mettre dans un sachet. C’est seulement une fois les morceaux bien protégés par un isolant que l’on placera le sachet fermé dans un poche à glace. Tout contact direct entre les glaçons et les tissus vivants risque de provoquer une nécrose des parties amputées qui doivent être réimplantées dans les 6 heures. Ne pas donner de médicaments et ne rien donner à boire en raison de l’anesthésie générale que la victime devra subir.

ENVIRONNEMENT…

Risque solaire : ceux qui ont une peau foncée n’ont pas besoin de se protéger du soleil.
FAUX Certes, ils prennent moins de coups de soleil, mais une étude montre que ce sont les personnes ayant la peau mate et bronzant facilement qui sont les plus touchées par un carcinome. Sans doute parce qu’elles prennent moins de précautions ! Les agriculteurs et les populations du BTP sont les professions les plus victimes de cancers cutanés.
Conseil : sur un chantier, surtout lorsqu’on travaille près d’une surface qui réverbère la lumière, prévoir une protection adaptée : chapeau, T-shirt, crème solaire et lunettes avec verres filtrant les UV (certaines paires de lunettes bon marché, loin de protéger l’œil, accroissent le risque d’altération de la rétine par les UV.

Bruit : il n’a pas seulement des effets sur l’oreille.
VRAI De fait, la surdité est la seconde maladie professionnelle en fréquence, les professions les plus affectées étant les industries lourdes et le bâtiment. Mais le bruit a aussi des impacts sur la qualité du sommeil, sur la fatigue générale et sur le risque cardiovasculaire. Il peut engendrer des déficits de l’attention, des tensions musculaires, des vertiges, de l’irritabilité, de l’anxiété, autant de perturbations favorisant les accidents du travail.

Foudre : en touchant un blessé foudroyé, on risque l’électrocution.
FAUX Une fois que la foudre a traversée le corps, celui-ci est neutre sur le plan électrique, vous ne courez aucun risque en portant assistance à la victime. Si elle gît au sol, inanimée, appelez les secours (144), mettez -la à l’abri, réchauffez-la et tentez si besoin est un massage cardiorespiratoire. S’elle est consciente, aidez-la à se rendre en un lieu préservé. Même si elle n’a que quelques brûlures ou commotions, elle doit être auscultée à l’hôpital et suivie pendant au moins 24 heures. Le risque majeur est cardiovasculaire mais on observe des atteintes totalement invisibles des organes vitaux, de l’oreille et de l’œil. Conseil : par jour d’orage, il convient d’éviter de travailler en hauteur, de ne pas toucher des objets conducteurs tels que (canalisations, réseaux électriques, téléphones fixes). L’idéal est de rester à l’abri dans un bâtiment ou s’il n’y a pas d’autre choix, dans un véhicule.

BONS GESTES…

Hématomes : masser la zone douloureuse aide à évacuer la poche sanguine.
FAUX Les massages ou la chaleur sur la zone concernée n’auront d’autre effet que d’accroître l’hématome interne et d’en augmenter la taille. Après plusieurs jours seulement les massages doux seront utiles. Dans l’urgence, refroidir la zone avec de la glace provoquera une vasoconstriction (contraction des veines qui freine la perte sanguine), une diminution de l’œdème et un apaisement de la douleur. Pour évacuer la poche sanguine, étaler du gel d’arnica sur la peau; cela aide à « faire remonter » plus vite le bleu à la surface de la peau et donc à guérir plus rapidement.

Plaie : pour qu’elle guérisse vite, il faut laisser sécher à l’air.
FAUX Ne jamais laisser une plaie sans protection. Le pansement prévient les contaminations et maintient un milieu humide favorable à la cicatrisation. De nombreux pansements sont antiseptiques et imprégnés de substances appropriées au type de lésion (brûlures, plaie profonde, plaie superficielle). Dans tous les cas, ne jamais panser une plaie avant de l’avoir soigneusement lavée et désinfectée.

ADDICTIONS…

Cannabis : c’est une drogue douce.
FAUX C’est un produit qui peut entraîner la dépendance, la concentration de son principe actif (THC) ayant été multipliée par 5 à 10 en l’espace de 30 ans. Les statistiques d’accidents mortels en voiture montrent que le hasch double le risque. Des expériences menées sur des pilotes d’avion dans des simulateurs de vol montrent que 24 heures après avoir fumé un joint, ils étaient incapables d’aligner convenablement leur avion sur la piste d’atterrissage, tout en ayant le sentiment d’être en pleine possession de leurs moyens. A noter que l’employeur pourra être tenu responsable en cas d’accident car il a l’obligation de ne pas maintenir à un poste de sécurité des personnes sous l’emprise d’une drogue.

Arrêter de fumer, c’est plus facile en groupe.
VRAI Tous les programmes d’arrêt du tabac ont montré que la proportion de personnes s’arrêtant de fumer est multipliée par 2 ou 3 lorsque l’entreprise s’engage aux côtés des salariés. Pour l’entreprise, le coût du tabac est important. Le risque d’accident sur les trajets est quasi multiplié par 2 si on est fumeur, et la fréquence des arrêts de travail également. Sans compter que 40 à 60% des départs d’incendie en entreprise sont dus à la cigarette.

Alcool, ça donne de la force.
FAUX Il apporte certes des calories, mais la transformation de l’alcool dans le foie produit de l’acide lactique qui affaiblit le fonctionnement musculaire. Par ailleurs, l’alcool déshydrate et cela entraîne une diminution de la force musculaire. Alors pourquoi cette réputation d’être « fortifiant » ? Sans doute parce qu’il induit un état d’euphorie et une sensation de bien-être qui donne de manière illusoire l’impression d’être plus costaud !

Somnifères : ils endorment pendant la journée.
VRAI Leurs effets ont tendance à persister et à rendre « groggy » le lendemain matin. Face à ce risque, des hypnotiques à durée brève ont été développés. Si ceux-ci représentent un risque, le manque de sommeil est lui aussi un pourvoyeur d’accidents variés. En cause, l’allongement du temps de réaction et le défaut d’analyse d’une situation qui amène à prendre de mauvaises décisions.

REFERENCES
Pour consulter l’article dans son intégralité, voir le magazine « Prévention BTP », mars 2010, n° 127
L’image a été tiré de www.unac.asso.fr/mon-unac/newsletter/

avril 2010/ Lucie